Déréalisation nosocomiale comme socle de la corruption systémique

Introduction

Le terme déréalisation nosocomiale désigne ici une situation dans laquelle le patient reste physiquement présent dans le système de soins, mais où sa réalité vécue — ses priorités, son expérience corporelle, sa perception des causes et des effets, son savoir empirique — devient progressivement moins visible, moins crédible ou moins déterminante dans les décisions médicales.

Cette déréalisation ne suppose pas nécessairement une intention malveillante. Elle peut résulter de mécanismes ordinaires : pression temporelle, spécialisation excessive, standardisation diagnostique, culture du dispositif technique, logique de remboursement, crainte médico-légale, fragmentation du corps en sous-systèmes séparés.

Mais ses effets peuvent être considérables : affaiblissement du consentement éclairé, inversion des priorités cliniques, exposition à des risques évitables, errances diagnostiques et dépenses importantes pour la collectivité.


1. Définition provisoire

La déréalisation nosocomiale peut être définie comme le processus par lequel l’expérience réelle du patient est progressivement remplacée, dans le regard institutionnel, par une version abstraite, codée, fragmentée ou administrativement plus acceptable de sa situation.

Le patient parle de douleur, de fatigue, de seuils corporels, d’aggravations mécaniques, de dysrégulation, de tolérance sensorielle, d’effets du mouvement, de posture, de respiration ou de toucher.

Le système, lui, peut traduire cela en catégories plus étroites : symptôme isolé, trouble secondaire, problème urologique, spasticité, anxiété, non-compliance, opposition, plainte subjective.

Le problème n’est pas que ces catégories soient toujours fausses. Le problème est qu’elles peuvent finir par remplacer la réalité vécue au lieu de l’éclairer.


2. Le mécanisme central : quand le patient devient moins réel que le protocole

Dans les parcours complexes, le patient peut parfois devenir moins réel que :